Le cri Lyrics

Album: Abysmes

L’équipage affolé manœuvre en vain dans l’ombre ;

L’Épouvante est à bord, le Désespoir, le Deuil ;

Assise au gouvernail, la Fatalité sombre

Le dirige vers un écueil.

Moi, que sans mon aveu l’aveugle Destinée

Embarqua sur l’étrange et frêle bâtiment,

Je ne veux pas non plus, muette et résignée,

Subir mon engloutissement.

Puisque, dans la stupeur des détresses suprêmes,

Mes pâles compagnons restent silencieux,

A ma voix d’enlever ces monceaux d’anathèmes

Qui s’amassent contre les cieux.

Afin qu’elle éclatât d’un jet plus énergique,

J’ai, dans ma résistance à l’assaut des flots noirs,

De tous les cœurs en moi, comme en un centre unique,

Rassemblé tous les désespoirs.

Qu’ils vibrant donc si fort, mes accents intrépides,

Que ces mêmes cieux sourds en tressaillent surpris ;

Les airs n’ont pas besoin, ni les vagues stupides,

Pour frissonner d’avoir compris.

Ah ! c’est un cri sacré que tout cri d’agonie ;

Il proteste, il accuse au moment d’expirer.

Eh bien ! ce cri d’angoisse et d’horreur infinie,

Je l’ai jeté ; je puis sombrer !