Arca Lyrics

Album: Arca

Bétonné en gris-cimetière froid

Vacillant au pouls d’un pendule

Sous terre, ma tombe, ma cellule

Une nuit aux rêves de trépas

Mon hôpital sans médecin

Ma sentence sans sens

Râclant le ciment de mes mains

Inhalant son efflorescence

Plein de mots souillés

À mes pieds grouillent ces isopodes

Je m’époumonne de mes odes

Dans des maux saoulés

Des mots qui se heurtent en vain

Aux ivresses noyées de vin

De mes grouillantes cuves

Des cloportes, les effluves

En ces crevasses sans lumière

Je taille mes méandres dans la pierre

D’un court écho me renvoie

La sanction qui m’enterrera

Mon âme effleure de sa main évaporée

Le ciment froid qui m’emballe d’un cercueil

De froid, de poussières, de morts



Et je nage parmi les cloportes

Sourds de mon dégueulage

Saouls par mes dégâts funestes

Rêvassant aux tombeaux

J’absorbe mon caveau

Comme d’étranges potions

Aux arômes d’aversion

Qu’elle parade avec mes entrailles

Et les organes qu’elle me tenaille

Ornements odieux

À mes obsèques sans dieux



Comme la pierre grise du cimetière

Le tombeau froid sans repères

Aux averses suicidaires



‘’J’ai grandi dans le goût bizarre du tombeau,

Plein du dédain de l’homme et des bruits de la terre,

Tel un grand cygne noir qui s’éprend de mystère,

Et vit à la clarté du lunaire flambeau.

Et j’ai voulu revoir, cette nuit, le cercueil

Qui me troubla jusqu’en ma plus ancienne année;

Assaillant d’une clé sa porte surannée

J’ai pénétré sans peur en la chambre de deuil.

Et là, longtemps je suis resté, le regard fou,

Longtemps, devant l’horreur macabre de la boîte;

Et j’ai senti glisser sur ma figure moite

Le frisson familier d’une bête à son trou.

Et je me suis penché pour l’ouvrir, sans remord

Baisant son front de chêne ainsi qu’un front de frère;

Et, mordu d’un désir joyeux et funéraire,

Espérant que le ciel m’y ferait tomber mort.’’

-Extrait de Le Cercueil, Émile Nelligan